«Le monde de l’art contemporain est lancé dans une fuite en avant»

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Interview mit Yves Michaud, philosophe, über die zeitgenössische Kunst: Auf den Preis fixiert, auf Unterhaltung und überaus moralisierend. Michaud hat desgleichen festgestellt, dass wir in einem neuen Zeitalter der Kunst leben. Das Ende der Moderne setzt er auf Ende der 80er Jahre fest. Canto terminiert die Kunst in die 70er Jahre, wie ich auch.

L’art contemporain n’est-il pas lié à la provocation et à la transgression plus qu’à la morale?

C’est un peu ce que pense la sociologue Nathalie Heinich. Sa théorie, en gros, con-siste à dire que l’art contemporain se défi-nit par une pratique banalisée de la provo-cation. Mais la provocation n’a plus aucun intérêt! Elle n’existe que si elle permet de faire parler de soi. S’il y avait vraiment de la transgression, elle serait aussitôt pour-suivie dans le monde complètement mo-ralisateur et judiciarisé où l’on vit. Pre-nons les sujets insupportables: si un ar-tiste s’avisait de produire un truc vrai-ment pédophilique, je suis convaincu qu’il irait en tôle. Tout au plus faut-il se montrer légèrement provocant pour être un bon public relations. Comme Massimo Cattelan: sa banane ne produit pas de ré-chauffement climatique; elle est donc toutà fait acceptable. Avant cela, en 2010, il a fait une sculpture qui a été installée de-vant la Bourse de Milan: un majeur dressé pour montrer ce qu’il pense du système capitaliste… Il est très moral ce Cattelan; il est donc un grand artiste!

Nous sommes entrés dans une période nouvelle de l’histoire de l’art?

J’avais publié un livre en 2003, «L’art à l’état gazeux», pour dire qu’on a changé de monde. Grosso modo, l’art moderne aura duré des années 1880 jusque vers 1990. Après quoi il y a eu une période de flou qu’on a appelée le postmodernisme. Puis on est passé dans autre chose. Soit dans le monde de l’immersif, des atmosphères, des ambiances, etc. Soit dans les plaisante-ries à un million de dollars de l’art contem-porain. Mais on est là dans un monde de spéculateurs, qui n’a rien de magique, où s’appliquent les mêmes recettes que dans la spéculation financière. Par exemple les achats à effets de levier comme le LBO (Le-veraged Management Buy-Out). Cela va du-rer ce que durera cette financiarisation contre laquelle les gens se révoltent désor-mais. Le petit monde de l’art contemporain est lancé dans une fuite en avant. Tout peut s’effondrer d’un coup, comme dans n’importe quel krach financier.

Interview Michaus, 24 heures